La CAQ n’aime pas les femmes

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Le Conseil central Québec Chaudière-Appalaches-CSN (CCQCA-CSN) a lancé un tract et un macaron féministe, sous le thème « La CAQ n’aime pas les femmes », qui a piqué au vif les caquistes. En guise de réplique, la CAQ a mobilisé ses ministres pour faire son autopromotion dans une pénible vidéo qui met de l’avant quelques soi-disant réalisations caquistes.

Le bilan de la CAQ en ce qui concerne les femmes est loin d’être brillant.  En effet, la CAQ peut se vanter de nombreux projets de loi ouvertement sexistes et racistes (PL21, PL94, PL9) et, dans les meilleurs cas, des projets de loi qui ont un effet négatif sur bon nombre de travailleuses, comme le PL101. C’est sans compter la privatisation accélérée du système de santé (PL15) qui aura très certainement un impact négatif sur les quelque 80% de femmes qui travaillent dans la santé au Québec ou l’inertie lorsqu’il s’agit de combattre efficacement la hausse de féminicides dans la province.

Projet de loi 101

Sanctionné en octobre 2025, ce projet de loi exclut les secteurs de la santé et de l’éducation des mesures de prévention en matière de santé-sécurité au travail. Ces secteurs sont majoritairement composés de femmes – à peu près 80% – et les risques sur la santé et la sécurité des travailleuses sont bien réels et documentés, notamment par l’institut national en santé publique du Québec (INSPQ). En excluant de manière aussi explicite ces deux secteurs, l’État employeur agit de manière violente. 

Premièrement, l’État employeur va contre la position adoptée par l’État législateur (le PL59 devenu loi 27), en d’autres mots, le gouvernement en tant que boss refuse d’appliquer pour ses employé-es les lois qui ont été adoptées à l’Assemblée nationale. Deuxièmement, le législateur va contre le consensus qui a été adopté par le Conseil d’administration de la CNESST. En effet, le règlement avait été adopté quelques semaines plus tôt et était bloqué au conseil des ministres, alors que les ministres de la Santé et de l’Éducation prétendaient que leurs ministères n’auraient pas la capacité de payer pour des libérations, notamment à cause de la pénurie de main-d’œuvre!

Austérité et coupes dans les services publics

Parlons-en de la pénurie de main-d’œuvre dans nos services publics. L’austérité, ça affecte les femmes en premier lieu. Les coupes dans les services publics et dans les services communautaires affectent en premier lieu les femmes, et ce, sur plusieurs niveaux. De nombreuses raisons l’expliquent (voir l’excellent livre Les libéraux n’aiment pas les femmes d’Aurélie Lanctôt), que ce soit les salaires inférieurs des métiers considérés comme féminins, de la précarité dans laquelle elles risquent de se retrouver suite à une séparation – du moins dans une relation hétéronormative – et aux sacrifices qu’elles font pour avoir des enfants. D’abord, ce sont surtout des femmes qui travaillent dans les services publics et, dès qu’il y a pénurie, ça génère une surcharge de travail. Les femmes subissent donc la pression accrue générée par les coupes. Ensuite, ce sont les femmes qui ont le plus besoin d’avoir recours aux services publics et communautaires. Avec une pénurie de main-d’œuvre et des coupes austéritaires, les listes d’attentes s’allongent chaque jour et certains services, bien qu’essentiels, seront coupés. 

Crise du logement

La crise du logement aurait pu être évitée, mais avec un gouvernement affairiste – et une France-Élaine « Marie-Antoinette » Duranceau, courtière immobilière en pause de sa carrière pour passer des lois à son avantage – il y a peu de chance pour que les besoins réels des locataires soient pris en compte. C’est d’ailleurs sous sa gouverne que les augmentations de loyer les plus importantes ont été mises en place. Les femmes sont particulièrement affectées, car le manque de logements abordables peut forcer celles qui subissent de la violence à rester dans un logement où elles sont en danger. Vu la situation actuelle, bon nombre de propriétaires abusent et imposent des contraintes qui, pourtant, sont illégales. Comme une limitation sur le nombre d’enfants permis dans le logement ou encore une obligation de faire un dépôt.

Lois sur la laïcité (PL21, PL94, PL9)

Les lois sur la laïcité promulguées par la CAQ – bien au-delà de leurs ramifications islamophobes et racistes – visent en premier les femmes qui portent le voile. Ses effets sont pernicieux: bon nombre de femmes qui exercent un métier essentiel au bon fonctionnement de notre société vont se retrouver sans aucun moyen d’obtenir des avancements dans leur carrière ou pire encore, sans emploi. Jusqu’où peut aller cette discrimination institutionnelle? La CAQ en rajoute couche après couche depuis de nombreuses années tout en niant l’existence de racisme systémique au Québec.

Projet de loi sur la constitution (PL1)

Ce projet de loi est peut-être le plus pernicieux de tous. Nous ne ferons pas ici toute l’analyse – celle-ci a été faite brillamment par la Ligue des droits et libertés (LDL). Attardons-nous plutôt sur l’idée d’enchâsser dans cette constitution le droit à l’avortement. Si le PL1 est adopté avec cette clause, il est plus que certain que les groupes masculinistes anti-choix vont tenter de la contester devant les tribunaux, ouvrant, encore une fois, un débat qui n’a pas lieu d’être en 2025. Il y a un grand risque de reculs alors que, si la CAQ voulait vraiment protéger ce droit déjà acquis, elle garantirait plutôt l’accès universel et gratuit à des services de santé sexuelle. Malheureusement, une fois de plus, le ministre Jolin-Barrette démontre que l’idéologie passe avant les droits des femmes.

Filière défense

Pour répondre aux exigences du gouvernement Carney d’arriver à 5% du PIB en matière de dépenses militaires, la CAQ veut lancer une « filière défense » et ainsi encourager les entreprises québécoises à développer les technologies militaires. Une grande séance d’autopromotion a été organisée le 27 novembre 2025 par la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay–Le Fjord (CCISF): drones, systèmes de surveillance, augmentation des infrastructures de la base de Bagotville mis de l’avant devant un public très majoritairement masculin. Les premières victimes des guerres sont les femmes et les enfants. Le militarisme accroit la normalisation de la violence envers les femmes, notamment, le viol a été utilisé comme arme de guerre dans de nombreux conflits. De plus, le militarisme détourne d’énormes ressources qui devraient plutôt servir au bien-être de la population, notamment par un financement adéquat de nos services publics. Et c’est sans compter les impacts environnementaux de l’industrie militaire en général. 

Des campagnes féministes pour contrer la violence du capitalisme

Devant la violence constante des états capitalistes, nous ne pouvons que réagir de la même manière. Notre réponse doit être à la hauteur de la violence générée par des politiques de va-t’en guerre et de petits boss qui se préoccupent plus de leurs portefeuilles – et de celui des amis du parti – que du bien-être de la population.

Non. Le capitalisme n’aime pas les femmes et la CAQ en est le fier porte-étendard.

Références

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